Depuis 2018 l’Université de Montpellier est partenaire du projet de développement de Biopolis. Un centre d’excellence, basé au Portugal et dédié à la recherche et à l’innovation sur la biodiversité. Au cœur de cette collaboration : le transfert de compétence entre régions européennes. Pierre Boursot, chercheur à l’Isem et porteur du projet pour l’UM et Paula Dias, chercheuse au Cefe, participent au pilotage.

Pour commencer pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Biopolis ?

Pierre Boursot : Biopolis est un projet de création d’un centre de recherche, développement et innovation d’excellence issu d’un partenariat entre le Portugal et Montpellier. Il s’inscrit dans le programme européen H2020 Teaming dont l’objectif est de promouvoir la création de ce type de centre dans les zones de l’Europe considérées comme moins avancées, ici la région nord du Portugal, en s’appuyant sur un jumelage avec une structure située dans une région européenne considérée comme plus avancée, ici la France.

Autour de quelles thématiques ce centre va-t-il se structurer ?

P.Boursot : Biopolis fait de la recherche fondamentale en évolution et écologie. Les thèmes de recherche sont la biologie de l’environnement, la biodiversité, les services écosystémiques et l’agrobiodiversité. Montpellier est reconnue comme une des plus grandes concentrations mondiales sur ces disciplines qui constituent deux des trois piliers de Muse – protéger et nourrir – il m’a donc semblé que nous avions une carte à jouer.

Mais c’est au Portugal que Biopolis va voir le jour ?

P.Boursot : En l’occurrence, il ne s’agit pas d’une création ex-nihilo puisque le rôle de Montpellier consiste à aider le laboratoire Cibio-Inbio , situé au nord de Porto, à passer à la vitesse supérieure. Cibio-Inbio est le coordinateur de ce projet, c’est déjà un excellent laboratoire de recherche avec lequel le Cefe et l‘Isem collaborent depuis une quinzaine d’années, et depuis 2014, au sein d’un laboratoire international associé de l’Institut écologie et environnement du CNRS. C’est donc assez naturellement qu’ils se sont tournés vers nous pour monter ce partenariat. C’est un projet de transfert de compétence, de capacity building.

De quelle manière va s’effectuer ce transfert de compétence ?

P.Boursot : Par la formation d’abord. L’argent de la commission va financer environ neuf allocations de thèse par an. L’objectif est que le maximum d’entre elles soient co-encadrées par des chercheurs et chercheuses de Montpellier et de Biopolis, en cotutelle entre l’UM et l’Université de Porto. Biopolis financera également des dizaines d’années de salaire de post-doctorant.e.s qui pourront venir se former à Montpellier. Nos plateformes techniques pourront aussi accueillir des personnels de Biopolis ou bien du personnel d’ici pourra aller à Porto organiser des formations ou encadrer des projets. L’objectif est de faire profiter de toutes les compétences qui sont à Montpellier.

Paula Dias : Cela peut aussi prendre la forme de manifestations scientifiques diverses, des colloques, des workshops, des ateliers thématiques, des modules de formations… Les personnes qui ont des idées ne doivent pas hésiter à faire des propositions à Biopolis. Souvent ce type d’organisation nécessite de courir après les subventions, là si le thème est intéressant pour Biopolis, les financements sont disponibles.

Ce partenariat n’a pas pour but de financer les projets de recherche eux-mêmes ?

P.Dias : Non, ce qu’il faut comprendre c’est que ce n’est pas un appel d’offre de recherche, il n’est pas prévu pour payer des équipements ou des projets de recherche. L’argent de la commission est alloué au fonctionnement global du centre et à cette opération de transfert de compétence entre Montpellier et le Portugal. Par contre cela paye les ressources humaines, y compris à Montpellier, qui représentent une partie conséquente des budgets de recherche.

À combien s’élève le financement de l’Europe ?

P.Boursot : La commission accompagne le projet à hauteur de 15 millions d’euros pendant 7 ans. La condition était que ce nouveau centre démontre sa capacité à lever des fonds au moins deux fois équivalents – ce qui a déjà été fait – et atteigne une autonomie financière durable à l’issue du projet Teaming.

Un des axes principaux porte sur l’excellence envers l’innovation. De quelle manière allez-vous le développer ?

P.Boursot : Globalement dans le domaine de la protection de l’environnement ce n’est pas toujours évident de voir ce qui relève de l’innovation mais elle est présente en terme de valeur sociétale. Toutes les infrastructures que crée l’homme en empiétant sur la nature doivent être évaluées scientifiquement afin d’en mesurer l’impact et pour développer des solutions. La génomique est également centrale dans Biopolis. C’est un domaine en pleine explosion qui offre des possibilités d’innovation énormes ne serait-ce que pour caractériser la biodiversité et appliquer ces connaissances à l’agriculture. Le Portugal est un pays très agricole et nous voulons développer ce potentiel d’innovation et le mettre au service de la société.

P.Dias : Et il ne faut pas oublier qu’il y a un troisième partenaire officiel dans ce projet, la Porto Business School (PBS). Ce sont des alliés très intéressants qui vont nous offrir toutes leurs connaissances du monde du business et du partenariat.

L’engagement sociétal, la dimension économique et locale est un autre pilier…

P.Boursot : Nous voulons que ce centre fonctionne en relation étroite avec toutes les parties prenantes qui ont des intérêts dans ce domaine. Cela peut aller de la coopérative agricole à la multinationale qui fait de la distribution, il n’y a pas de limite. L’idée est de créer dans cette région de Porto un campus mixte où il y aurait à la fois de la recherche fondamentale, des ONG, des startups…

L’Université de Montpellier est le partenaire du projet mais de nombreuses tutelles sont parties prenantes ?

P.Boursot : Une des exigences de la commission était que le partenaire « avancé » ne soit qu’une seule entité. Il est rapidement apparu que l’UM, par l’intermédiaire de Muse, était en position de représenter les recherches qui se faisaient dans la plupart des UMR sur le site de Montpellier quelles que soient leurs tutelles. Le CNRS, le Cirad, l’IRD, l’Inrae, l’EPHE, l’Université de Perpignan sont aussi liées au projet H2020.

Biopolis mobilise onze laboratoires montpelliérains, comment les avez-vous choisis  ?

P.Boursot : Quand les portugais sont venus visiter Montpellier, ils nous ont désigné onze laboratoires qui leur paraissaient intéressants pour développer des partenariats. Parmi eux certains, comme le Centre de biologie pour la gestion des populations (CBGP), n’étaient pas associés à l’UM. Cela a donc été l’occasion de renégocier avec toutes les tutelles pour que l’UM puisse les représenter au sein du projet, en cohérence avec l’esprit de Muse, évitant ainsi des blocages purement légaux ou administratifs. L’UM a également signé un accord de partenariat stratégique avec l’Université de Porto.

Au-delà de l’aspect leadership, quelles opportunités un tel partenariat peut-il ouvrir à la recherche montpelliéraine ?

P.Dias : Cibio-InBIO est déjà un excellent laboratoire reconnu internationalement qui fait de la très très belle science. Ce n’est pas par hasard que Pierre travaille avec eux depuis 15 ans. Ils sont également capables de lever des fonds importants et de nous ouvrir de nouveaux partenariats dans des zones où la France est moins présente comme l’Afrique lusophone, et l’Afrique du Sud avec qui ils développent des partenariats reconnus notamment par l’UNESCO. Ce sont des portes d’entrée dans ces régions-là du monde.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous maintenant ?

P.Bousot : Nous terminons la phase de création de la structure sur le plan légal et administratif et nous sommes en train de recruter l’exécutif. Bientôt nous allons pouvoir lancer les projets phares que nous souhaitons mettre en avant.