Parmi les investisseurs ayant participé à la levée de fonds d’AcuSurgical de près de 6 M€ pour son robot dédié à la chirurgie rétinienne figure Sofimac Innovation. Rencontre avec Aurélie Viaux, Directrice d’Investissement. 

C’est en mai 2018, dans le cadre d’un financement de la SATT Axlr, que débute le projet de maturation qui conduira 2 ans plus tard à la création de la start-up montpelliéraine AcuSurgical. Deux chirurgiens de Saint Etienne rejoindront l’équipe entre temps pour apporter leur expertise clinique. Puis, s’ajoutera à l’équipe le recrutement d’un spécialiste de l’imagerie OCT (Optical Coherence Tomography) sur une période de 12 mois, grâce au programme Companies on Campus. Philippe Poignet, en qualité de cofondateur recevra le Prix de l’innovation MUSE 2020.

Grâce à une robotique avancée, AcuSurgical ambitionne de rendre la microchirurgie oculaire plus sûre et plus accessible en améliorant considérablement la précision des gestes chirurgicaux. La preuve de concept de la plateforme robotique a déjà été réalisée avec un premier prototype validé à un stade préclinique.

Avec ce tour de financement mené par Mérieux Equity Partners, Supernova Invest, Sofimac Innovation, et IRDI Capital Investissement, l’entreprise va réaliser des essais cliniques et obtenir l’approbation réglementaire pour une première indication, la chirurgie vitréo-rétinienne, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles applications pour les chirurgiens ophtalmologistes.

A AV : Pouvez-vous nous résumer en quelques lignes ce qu’est Sofimac Innovation ?

Sofimac Innovation est membre du Groupe Sofimac Investment Manager (regroupant Sofimac Innovation et Sofimac Région) qui a été créé il y a 40 ans et qui est un des leaders Français de l’investissement dans des start-up et des PME avec plus de 750 M€ sous gestion dont plus de 400 M€ dédiés au capital-innovation.

Nos expertises scientifiques sont les sciences de l’ingénieur et la santé. Nous avons par ailleurs un positionnement multi-régional unique (8 bureaux régionaux) ce qui apporte une véritable proximité avec les écosystèmes de l’innovation et les start-ups financées.

A AV : Vous avez récemment investi au sein d’AcuSurgical au travers de votre nouveau fonds Pertinence Invest 2, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce fonds et sa stratégie ?

Ce fonds Pertinence Invest 2 (PI2) a été créé en partenariat avec une vingtaine d’Etablissements partenaires regroupant des Ecoles d’Ingénieurs et des Universités dans les grands territoires d’innovation. Il vise à financer en priorité les start-ups deeptech qui seraient issues ou en lien avec le monde académique.

Nous avons souhaité également associer à ce fonds de grands industriels, ETI et PME, pour qu’ils puissent développer très tôt des relations avec nos start-ups dans une démarche d’open innovation bienveillante. C’est ainsi que des groupes comme bioMérieux, Michelin, Seb ainsi que de très belles ETI nous ont rejoints pour participer à l’accélération de la croissance de nos start-ups.

Ce Fonds est doté à ce jour de 41 millions d’euros, et nous visons une taille maximum autour de 50 – 70 millions d’euros lors du second closing. Il intervient au stade du pré-amorçage et de l’amorçage, avec la capacité d’accompagner ses participations lors des tours ultérieurs, dans une logique de capital patient.

A AV : Pourquoi avoir choisi d’investir chez AcuSurgical sur le territoire montpelliérain ?

La start-up AcuSurgical s’inscrit pleinement dans la stratégie d’investissement de Pertinence Invest 2 puisqu’il s’agit d’une technologie issue d’une collaboration entre le laboratoire de robotique du LIRMM (une unité de recherche jointe de l’université de Montpellier et du CNRS) mais aussi de chirurgiens ophtalmologistes du Centre Hospitalier de St Etienne (université Jean Monnet).Par ailleurs, elle s’inscrit également dans les secteurs que nous visons avec ce fonds puisqu’on est à la croisée de la santé, de la robotique et de l’IA.

Enfin, Montpellier est un territoire sur lequel nous avons historiquement investi avec succès chez Microphyt, Bulane et Algodone. Nous estimons que le potentiel d’innovation est très fort et la start-up AcuSurgical en est une belle démonstration.

A AV : Maintenant que vous avez investi, en quoi consiste votre accompagnement de cette start- up?

Dans le cadre d’AcuSurgical, nous collaborons avec Christophe Spuhler et son équipe pour lever l’ensemble des sujets techniques et réglementaires nécessaires à la mise sur le marché de leur produit.

De manière générale, une fois l’investissement réalisé, nous restons aux côtés du / des dirigeant(s) pour exécuter la roadmap de développement envisagée au départ. Nous servons également d’effet miroir aux dirigeants qui souhaitent challenger leurs décisions. Il faut véritablement nous voir comme un partenaire de confiance et de long terme !

A AV : Comment identifiez-vous les start-ups que vous financez ?

Grâce à nos implantations régionales, nous faisons partis des écosystèmes de l’innovation ce qui nous permet de détecter très tôt les projets intéressants. Nous jouons d’ailleurs régulièrement un rôle de conseil auprès de certaines start-ups jusqu’à ce que le projet de levée de fonds se concrétise.

Par ailleurs, compte-tenu du positionnement de notre fonds, nous travaillons étroitement avec les Universités et les Ecoles d’Ingénieurs pour animer la voie de création de start-up. Cela passe nécessairement par des interventions pour expliquer l’intérêt d’avoir un investisseur en amorçage – nous nous battons régulièrement pour démystifier notre rôle ! Nous essayons également de donner quelques facteurs clés de succès et de challenger les projets mêmes embryonnaires.

A AV : Quels sont vos objectifs pour 2021 ?

Nous sommes convaincus que les Universités et Ecoles d’ingénieurs françaises disposent d’un potentiel de valorisation et de création de start-up très importants – nous souhaitons avec ce fonds pouvoir être moteur sur ce sujet. Nous travaillons donc à élargir la base de nos partenaires académiques sur des territoires qui nous semblent pertinents. Nous travaillons également à créer en 2021 des événements permettant de mêler le monde académique et industriel, qui souhaitent se côtoyer davantage. Cela serait également une très belle mise en lumière pour nos laboratoires français.

Enfin, nous allons continuer d’investir et de jouer notre rôle de soutien à l’économie comme nous l’avons fait depuis le premier confinement (9 investissements réalisés à date) !