Fidèle à sa triade « Nourrir, soigner, protéger », Muse s’impose comme une place forte de la recherche sur les systèmes alimentaires. Après une conférence internationale consacrée à la sécurité alimentaire mondiale en décembre 2020, une journée d’échanges sur les systèmes alimentaires a rassemblé plus de 450 acteurs de ce domaine le 4 février dernier. Leur objectif : améliorer le dialogue entre sciences et politiques pour favoriser la transformation des systèmes alimentaires. Des conclusions transmises aux Nations Unies en vue du sommet mondial sur les systèmes alimentaires qui se tiendra à New-York en septembre prochain.

« Derrière la question des systèmes alimentaires il ne s’agit pas que de nutrition ; c’est une notion transversale qui engage l’environnement, l’économie, la santé, l’agriculture… Et nous voulons démontrer que Muse dispose de tous les atouts pour organiser l’intelligence collective autour de cette question » explique Patrick Caron, vice-président de l’UM délégué aux relations internationales qui, ces trois derniers mois, a supervisé l’organisation de deux évènements d’ampleur internationale. Le premier autour de la sécurité alimentaire en décembre dernier, puis un second sur les systèmes alimentaires qui s’est tenu le 4 février.

Objectif sommet de l’ONU

Pour nourrir les réflexions du sommet, MUSE a organisé des échanges – virtuels – sur la transformation des systèmes alimentaires et plus particulièrement sur le nécessaire rapprochement entre sciences et politiques pour y parvenir. « On entend par système alimentaire, la manière dont les individus et les groupes sociaux s’organisent pour s’alimenter, précise Patrick Caron. Cela inclut la production, la distribution, le stockage, le choix des consommateurs… » Une notion définie par le professeur montpelliérain Louis Malassis dès le milieu des années 1990, mais qui, dans le contexte mondial actuel et l’appel au développement durable, a connu un regain d’intérêt depuis 2010.
Près de 450 personnes de 62 pays ont participé à cette journée dont l’objectif principal était la préparation du sommet des Nations Unies qui se tiendra à New York en septembre prochain en marge de l’assemblée générale. Pourquoi un sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires ? « Bien évidemment, pour relever les défis de la sécurité alimentaire. Mais ce n’est pas uniquement l’objectif de développement durable (ODD) numéro 2, et bien tous les ODD qui sont concernés. » Les bouleversements environnementaux et économiques en cours interrogent de manière transversale nos systèmes alimentaires, « tout comme les crises sanitaires de plus en plus fréquentes qui posent la question des impacts de l’élevage intensif. »

Quatre leviers d’action

Les dispositifs associant politiques et scientifiques sont indispensables pour renforcer des interfaces parfois difficiles. « Nous avons d’un côté des scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme et se plaignent de ne pas être entendus et de l’autre des politiques, exprimant des besoins d’expertise pour arbitrer et qui considèrent que les résultats de la science ne correspondent pas à ces besoins. Il faut par ailleurs mieux renseigner, d’un point de vue scientifique, ce qui bloque les transformations et, enfin, dans un contexte marqué par la prégnance des fake news, mobiliser les connaissances scientifiques pour faciliter le dialogue entre parties prenantes de ces transformations » constate le vice-président. Pour aller dans ce sens, quatre leviers ont donc été identifiés lors de cette rencontre. Le premier consiste à identifier les blocages : « quels sont les coûts, les risques, les éventuels conflits d’intérêt rendant difficiles les transformations » précise Patrick Caron.
Second levier : le renforcement des partenariats entre institutions académiques qui est essentiel. Le troisième levier concerne la collaboration entre espaces d’expertise collégiale. Il convient de « dépasser un fonctionnement en silo » précise Patrick Caron, en créant des espaces collaboratifs associant, par exemple, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) et le groupe d’expert de haut niveau du Comité des Nations Unies sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE/CSA). « Ils produisent une connaissance de haut niveau mais chacun dans leur domaine et sans qu’un dialogue entre eux sur les défis du développement durable soit organisé. » Dernier levier identifié : faire en sorte que la connaissance et les cadres disponibles au niveau international puissent être mobilisés au niveau local, ce qui n’est aujourd’hui pas assez le cas. « Pour cela nous devons investir davantage sur les partenariats internationaux entre chercheurs, dans la conception de dispositifs originaux d’innovation et de prospective » insiste Patrick CaronAutant de messages forts qui devront désormais être portés à l’ONU, mais qui pourront également faire l’objet de réflexions et d’engagements lors des rencontres Afrique-France qui se tiendront à Montpellier en juillet prochain.