C’est quoi, l’instruction entre pairs ?

L’instruction entre pairs est une approche d’apprentissage actif développée par Eric Mazur, Professeur en Physique à l’Université de Harvard dans les années 1990. Cette approche a suscité la curiosité de certains enseignants-chercheurs de la Faculté des Sciences, de l’ENSCM et de l’IUT Montpellier – Sète qui se sont réunis sur ZOOM pour la découvrir. Le 18 février l’atelier s’est déroulé en français et le 25 mars en anglais.

Eric Mazur explique l’approche de l’instruction entre pairs (Fig. 1) dans sa globalité et donne des conseils précieux, ainsi énormément d’exemples concrets dans son livre gratuit1. Cette approche n’est pas uniquement développée en physique, mais également dans d’autres disciplines. Dans les ateliers du 18 février et du 25 mars, on a exploré des exemples d’instruction entre pairs en biologie, chimie, mathématiques et physique. Ces exemples étaient inspirés par les nombreuses ressources2 très riches mise à disposition par le « Carl Wieman Science Education Initiative », University of British Columbia, Canada.

Figure 1. Le déroulé3 de l’instruction entre pairs, selon Eric Mazur

Pourquoi, l’instruction entre pairs ?

Les principaux objectifs de la méthode de l’instruction entre pairs sont de mettre à profit les échanges entre étudiants durant les cours et de focaliser leur attention sur les concepts de base. Plutôt que de détailler ce qu’il y a dans le manuel ou les notes, les étudiants discutent ensemble de leurs réponses aux questions conceptuelles. Cette façon de procéder

(a) oblige les étudiants à réfléchir aux arguments qui leur sont présentés, et

(b) leur fournit (ainsi qu’à l’enseignant) un moyen d’évaluer leur compréhension du concept.

De nombreuses études scientifiques4 démontrent l’impact de l’instruction entre pairs sur la rétention des connaissances par les étudiants et leur compréhension des concepts. Dans cette méthode on va plus loin qu’un transfert d’informations (focus sur les faits) et on demande aux étudiants de mobiliser des connaissances, de s’engager (focus sur le raisonnement).

Et comment faire en ligne ?

Les cours en distanciel n’arrêtent pas l’instruction entre pairs ! Les participants à l’atelier du 18 février et du 25 mars peuvent en témoigner. Dans la première partie de l’atelier, ils ont réfléchi brièvement pour répondre à une question à choix multiples suivi par un vote individuel sur Wooclap5. Ensuite l’animatrice de la réunion ZOOM a créé des salles de répartition6 pour que les participants discutent en binômes et essaient de convaincre leur partenaire. L’animatrice est passée dans certaines salles privées pour voir si tout se passait bien. Et oui ! Ça discutait bien ! Après les discussions en binômes, les participants votaient une deuxième fois par Wooclap. A la fin, chaque binôme avait la possibilité de partager ses arguments en plénière et les discussions se poursuivaient de façon enthousiaste.

Une touche de créativité avec les chapeaux d’Edward de Bono

Dans la deuxième partie de l’atelier, les enseignants-chercheurs se sont inspiré de l’approche de l’instruction entre pairs pour faire évoluer un cours dans lequel ils traitent des concepts souvent mal compris par les étudiants. Les participants ont travaillé en groupe et ils ont présenté leur proposition de cours à la fin. Pour enrichir les propositions de cours on s’est inspiré de la méthode des six chapeaux d’Edward de Bono7. Ce psychologue anglais a développé différents outils de créativité et propose de voir un problème ou une question sous six angles différents ou six modes de pensées.

Selon de Bono « Le secret pour mieux réfléchir, c’est de ne faire qu’une chose à la fois ». Autrement dit, porter un chapeau à la fois pour structurer sa façon de réfléchir au lieu de laisser venir les pensées spontanément. Les participants de l’atelier ont joué le jeu et ils ont mis des vraie chapeaux ou accessoires noirs et verts (Fig. 2). A la fin de l’atelier, les participants sortaient avec une proposition de cours inspiré par l’instruction entre pairs et enrichie avec différents exemples qui lient des concepts abstraits à la vie quotidienne.

              

Figure 2. Les deux chapeaux d’Edward de Bono utilisés pendant l’atelier (concepteur d’image : Gérard Bouysse)

Atelier conçu et animé par Patrizia Tavormina. Un grand merci aux participants et aux membres du Centre de Soutien à l’Innovation Pédagogique MUSE : Céline Avenel, Gérard Bouysse, Brigitte Lundin et Carolina Valenzuela.