Spécialiste des tumeurs au cerveau, Alexandra Garancher vient poursuivre ses recherches en immunothérapie au sein de l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier (IRCM) grâce à un financement Muse.

Comme souvent en biologie moléculaire, tout commence par des boites de pétris et des souris. Pour la chercheuse en cancérologie Alexandra Garancher, c’est un stage de L3 sur la différenciation cellulaire qui lui donne le gout de la recherche en laboratoire. Le début d’une vocation qui ne semble pas devoir faiblir 15 ans plus tard. La jeune biologiste en neuro-oncologie est aujourd’hui une spécialiste de médulloblastome (MB). Rien à voir avec le nom d’un vilain du dernier Marvel : il s’agit d’une tumeur maligne qui se développe dans le cervelet des jeunes enfants.

Dès son master 2 à l’Institut Curie, sa recherche montre les liens entre les mécanismes qui régulent la différenciation cellulaire et le développement des médulloblastomes. Des résultats prolongés en thèse où elle identifie un acteur clé participant à l’oncogenèse et propose un inhibiteur qui permet de limiter le développement de la tumeur. Avec à la clé une publication dans Cancer Cell, qui est l’occasion d’une première collaboration avec un laboratoire aux États-Unis. Cette ouverture outre-Atlantique n’est pas prête de se refermer puis que la jeune docteur enchaine six années de post-doctorat au Sanford Burnham Prebys Medical Discovery Institute de San Diego en Californie.

Nombreuses plateformes de recherches

Pour Alexandra Garancher, l’enjeu est alors d’élargir sa recherche non plus uniquement à la cellule tumorale mais à l’ensemble de l’environnement immunitaire de la tumeur. Autrement dit comprendre comment le système immunitaire interagit avec les cellules tumorales et comment il pourrait participer à l’élimination de la tumeur. Une branche de la recherche sur le traitement du cancer appelé l’immunothérapie. Sa recherche porte plus précisément sur les mécanismes d’évasion immunitaire : puisque MB est capable d’échapper au système immunitaire, comment la rendre à nouveau visible aux lymphocytes T. Ses recherches la conduisent à trouver une cytokine capable de restaurer une protéine de surface, qui avait disparu de la cellule cancéreuse (la rendant indétectable aux lymphocytes T). Et ainsi de rétablir une immunité anti-tumorale et une efficacité de certains anticorps thérapeutiques. Ce qui lui vaut un article dans Nature Neuroscience et un brevet !

« En parallèle de cette recherche, j’ai beaucoup apprécié de participer à une large collaboration avec le corps médical. Comme mes travaux utilisaient des cellules cancéreuses de patients greffées sur des souris, nous avons pu tester l’efficacité des traitements en laboratoire. Oncologues, chirurgiens, bio-informaticiens, nous travaillions ensuite ensemble pour faire des choix sur le traitement du patient », explique la chercheuse. Une expérience américaine qu’elle veut poursuivre à l’IRCM où elle a un poste depuis février 2021. En effet, alors que ses candidatures en France débouchent sur plusieurs offres, c’est l’environnement de la recherche à Montpellier qui pèse sur son choix. « Venir à l’IRCM, c’était aussi profiter de cet ancrage avec le CHU, avec le Biocampus et ses nombreuses plateformes de recherche, raconte Alexandra Garancher. Au moment de ma candidature, l’IRCM m’a également proposé de venir passer une semaine ici. J’ai expérimenté un espace de travail collaboratif qui m’a donné l’envie d’y rester. »

« Souvent plus agressives et résistantes »

En l’interrogeant sur la suite, on mesure l’ambition qu’elle s’est fixée. « Je travaille depuis 10 ans sur MB. L’idée est de voir si je peux étendre mes découvertes à d’autres tumeurs. En particulier sur des métastases du cancer du sein.  Je voudrais aussi à continuer à approfondir mes recherches sur l’environnement immunitaire, en particulier comprendre l’effet des thérapies (radiothérapies, chimiothérapies et immunothérapies) sur l’évolution du cancer. » Car si ces thérapies agissent sur les tumeurs, elles peuvent également avoir des effets négatifs sur le traitement. Par exemple, la radiothérapie en tuant les cellules immunitaires, et donc en réduisant d’autant la capacité de l’organisme à se défendre. Inarrêtable, la chercheuse évoque un autre axe de recherche : améliorer l’action des lymphocytes T sur les tumeurs au cerveau, pour permettre une meilleure réponse immunitaire.

Elle ne pourra pas faire tout cela toute seule. Au sein de l’IRCM, elle compte bien monter sa propre équipe de recherche pour mener à bien ces projets. Et cherche déjà d’autres sources de financements, en postulant notamment à l’ATIP-avenir et l’ERC (Conseil Européen de la Recherche). L’ampleur de la tâche ne semble pas entailler sa ténacité : « On a encore tout à apprendre sur le rôle de l’environnement de la tumeur dans l’évolution des cancers, alors que l’émergences de tumeur récurrentes et de métastases, souvent plus agressives et résistantes, ont des conséquences parfois plus dramatiques que la tumeur primaire ».